1999

13 octobre –2 décembre 2018

Une exposition d’Achraf Touloub

– English below –

Une salle habillée de sièges rouges. Dans la pénombre, sont projetés des signes sur fond vert émeraude. Pops corn et bouteilles en plastique vides jonchent le sol ici ou là. La plupart d’entre nous n’a rien compris au film même si certaines scènes ont été reconnues. Le générique de fin défile sans que les spectateurs ne quittent la salle. D’ailleurs on ne sait pas vraiment quand il a débuté le film. Il y a deux heures ? Une semaine? C’est qu’il n’y avait pas vraiment d’histoire, juste quelque chose comme une mise en abîme habilement suggérée dans une ambiance de musique transe et techno. On reste assis. Cette bonne fable de Platon n’a jamais été aussi convaincante. Tellement sûre d’elle-même qu’elle a réussi à projeter son ombre jusque dans nos doutes. 

Ce petit monde quitte ensuite l’écran, rejoint un parc et emprunte un chemin qui le mène du centre ville à un quartier pavillonnaire. Du white trash en perdition et des zmigrés mal fagotés avancent ensemble dans la même direction, radiographies à la main. Certains portent des lunettes noires et font mine de se préparer. Mais on ne se prépare pas à ce genre de choses. On fait avec comme on s’accommode de la forme des cailloux. On n’a jamais demandé à aucune forme de la nature de se négocier au préalable avec le regard de je ne sais quel bougre. A mieux regarder, les nike TN de ces sales gosses semblent presque faites de papier mâché…

Enfin bon.

Le paysage commence à s’assombrir et la population à s’exciter. On aperçoit alors dans cette faune les uns qui se protègent les yeux avec une omoplate grise bleutée, les autres tout le visage avec un panoramique de dents dénuées de toute symétrie. Le noir est maintenant total et la température chute de quelques degrés. Les mecs sont partis regarder la voute céleste dans la nuit de midi ; ils ont réussi à nous montrer leurs entrailles. Les quelques familles à poussettes commencent à déguerpir dès le fiat lux ; d’ autres, surtout les arabes restent à la même place pour parler entre eux. Surement qu’ils n’ont pas dû la voir la différence ; Aussi, faut il bien le refaire le match. Et puis la matière entrant en contact avec nos yeux une fois grand ouverts n’est pas constamment archivée par tout un chacun. Tout ça c’est pour après.

Les reliefs des paysages et des gueules demeureront érotiques encore pour quelques semaines. Bientôt, ce même ciel sera recouvert de fumée et de cendre venues de l’Ouest. On dira que c’est la fin d’un cycle ou le début d’une nouvelle séquence. D’une certaine manière on a toujours pas la réponse car, pour le savoir, on aurait dû y participer à cette séquence. Mais là, pour la première fois, c’est l’événement lui-même qui nous imposera ce rôle de voyeur. C’est en 1999 que furent de moins en moins marquées les lignes qui dessinent le contour des choses, s’en suivra le vacarme assourdissant d’un after au purgatoire.

Mêlant dessins, peintures et installations, l’exposition d’Achraf Touloub au Bonnevalle interroge la perception du visiteur par une question primordiale : quel est le goût du réel ?

Texte par Achraf Touloub, 2018

Achraf Touloub (1986) est diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Paris. Son œuvre a récemment été montrée à la Baltic Triennial 13 (2018) ; Lateral Art Space, Cluj (2018) ; Barjeel Art Foundation, Sharjah (2018) ; DOC!, Paris (2018) ; 57th Venice Biennale (2017) ; Centre Pompidou, Paris (2017) ; Kochi-Muziris Biennale (2016)… Il est représenté par Plan B à Berlin et Albert Baronian à Bruxelles. 

Une proposition de Loïc Le Gall

 

A room furnished with red chairs. In the darkness, signs are projected on an emerald green background. Popcorn and empty plastic bottles litter the ground here and there. Most of us did not understand the film even if some scenes were recognized. The end credits roll without the spectators leaving the room. Besides, we do not really know when it started, the film. Two hours ago? One week? That’s because there wasn’t really a story, just something like a mise en abyme cleverly suggested in an atmosphere of trance and techno music. We stay seated. Plato’s good old fable has never been so convincing. So sure of itself that it managed to cast its shadow into our doubts. All these people, then, leave the screening room, get to a park and take a pathway that leads from the city center to a suburban area. White trash in distress and mischievous e-migrants move together in the same direction, holding radiographs in theirs hands. Some of them are wearing dark glasses and pretending to get ready. But we cannot get ready for this kind of thing. We deal with them in the same way that we adapt to the shape of pebbles. We have never asked any form of nature to negotiate its shape with the gaze of some guy. If you look carefully, the Nike Tn of these brats seem almost made of papier-mâché…

Anyway.

The landscape begins to darken and the population to get excited. One can see, within this fauna, that some are protecting their eyes with a bluish gray scapula, that others are protecting their whole faces with a panoramic X-ray of teeth devoid of any symmetry. The darkness is now total and the temperature has dropped a few degrees. The guys came to watch the celestial vault in the midday night; they managed to show us their innards. The few families pushing strollers begin to flee as soon as fiat lux; others, especially Arabs, remain in the same place to talk to each other. Surely they did not see the difference; besides, they have to revisit events of times gone by. And then, the matter, coming into contact with our eyes once they are wide open, is not constantly archived by everyone. Everything is for later.
The reliefs of landscapes and mugs will remain erotic for a few weeks. Soon, the same sky will be covered with smokes and ashes coming from the west. We will say that it is the end of a cycle or the beginning of a new sequence. In a way, we still do not have the answer because, to find out, we should have participated in this sequence. But there, for the first time, it is the event itself which will impose us a role of voyeur. It was in 1999 that the lines that draw the outline of things were less and less marked. It will be followed by the deafening din of an after in Purgatory.

Text by Achraf Touloub, 2018

Mixing drawings, paintings and installations, Achraf Touloub’s solo show at the Bonnevalle questions the perception of the visitor by a primordial question: what is the taste of the real?

Achraf Touloub (1986) graduated from the Ecole des Beaux-Arts in Paris. His work has recently been shown at the Baltic Triennial 13 (2018); Lateral Art Space, Cluj (2018); Barjeel Art Foundation, Sharjah (2018); DOC !, Paris (2018); 57th Venice Biennale (2017); Pompidou Center, Paris (2017); Kochi-Muziris Biennale (2016) … He is represented by Plan B in Berlin and Albert Baronian in Brussels.

A proposal by Loïc Le Gall

Bonnevalle is taking part in Paris Avant Première. http://parisavantpremiere.com/en/home/

Image : Etude pour reactS, 2016, aquarelle sur papier, 45×33 cm © Achraf Touloub

 

Exhibition views:

Photographer: Charlène Flores

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