Victor Yudaev – Vous voulez partir, déjà ? Je dirais le départ précipité mais nécessaire – il faut que l’on se réveille.

29 juin –24 août 2019

English below

Victor Yudaev assemble avec une rigueur quasi mathématique sculptures personnelles et objets qu’il sème, le plus souvent, lors de ses longues promenades citadines. Malgré l’apparent chaos, ces éléments de natures diverses sont minutieusement pensés et disposés par ce « poète-ingénieur » au sein d’espaces à animer. Les installations qui s’y déploient, de véritables mises en scène, sont à envisager comme les chapitres d’un livre sans fin qui s’écrit d’une exposition à une autre. Ces séquences – les étapes d’un processus créatif – permettent l’élaboration d’effets pluriels qui répondent alors à une attente spécifique. Victor Yudaev manie également les mots avec méticulosité, humour et autodérision, ceci dans le cadre d’une pratique plurilingue de l’écriture. Pour l’occasion, il a métamorphosé le Bonnevalle en un atelier d’artiste fictionnel, proche d’un décor de théâtre. Dans cette « oeuvre-exposition », chaque pièce, disposée à des endroits différents de l’appartement (salle d’exposition, bibliothèque, frigo…), devient ponctuation, indice, mais aussi présence.

Victor Yudaev (né en 1984 à Moscou, Russie) vit et travaille à Marseille. Il a étudié à KABK, La Haie (Pays-Bas) ainsi qu’à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Son travail a été présenté à DOX center for contemporary art à Prague (2013) et dans plusieurs lieux d’art situés à La Haie. Il a participé aux expositions « Les Enfants du Sabbat » au Creux de l’enfer à Thiers et « But the cloud, Intersections » à la Van Nellefabriek dans le cadre de Art Rotterdam (2017). Il a également été sélectionné pour « Rendez-vous » Biennale de Lyon 2017, présentée à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne. Victor Yudaev a participé aux expositions « Noce » à la Friche la Belle de Mai à Marseille, « Rendez-vous » au Centro de Arte Contemporaneo W. Lam à La Havane (2018) et « Les Baigneurs » chez Diagonale à Montréal (2019). Il a fait partie des artistes nominés au 20ème Prix Fondation d’entreprise Ricard (Paris). Son travail sera exposé lors de la prochaine biennale de Lyon (2019). 

Une proposition de la plateforme ex situ. 

Créée en 2018, ex situ est une plateforme curatoriale basée à Paris. Le temps d’une année, elle invite plusieurs jeunes artistes, aux parcours et nationalités divers, à réfléchir autour d’un sujet donné. http:// www.plateform-exsitu.org

Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Ricard

Victor Yudaev assembles with a mathematical precision personal sculptures and objects that he collects most often during his urban strolls. Despite the apparent chaos, these elements of various natures are meticulously thought out and arranged by this “poet-engineer” into the spaces which coming to alive.  These “stagings” installations unfold to view as the chapters of an endless book which is written from one exposition to another. Therefore like sequences, these allow the elaboration of multiple effects responding to specific expectations. Victor Yudaev also handles thoroughly the words with humor and self-deprecation, as part of a plurilingual practice of writing. For this occasion, he metamorphosed the Bonnevalle into a fictional artist’s studio, close to a theater setting. In this “exhibition-work” each piece, put in different place of the apartment (exhibition space, library, fridge..), becomes punctuation, index, but also presence.

Victor Yudaev (born in 1984 in Moscow, Russia) lives and works in Marseille. He studied at KABK, The Hague (The Netherlands) as well as at the ENSBA, Lyon. His work was presented at DOX center for contemporary art in Prague (2013) and at several art venues in The Hague. He took part in the exhibitions “Les Enfants du Sabbat” at Creux de l’enfer in Thiers and “But the Cloud, Intersections” at Van Nellefabriek as part of Art Rotterdam (2017). He was also selected for “Rendez-vous” Lyon Biennial 2017, presented at the Institut d’art contemporain de Villeurbanne. Victor Yudaev participated in the exhibitions “Noce” at the Friche la Belle de Mai in Marseille, “Rendez-vous” at the Centro de Arte Contemporaneo W. Lam in Havana (2018) and “Les Baigneurs” at Diagonale in Montréal (2019). He was one of the artists nominated for the 20th Fondation d’entreprise Ricard Prize (Paris). His work will be exhibited at the next Lyon Biennial (2019). 

A proposal by ex situ

Created in 2018, ex situ is a curatorial platform based in Paris. It invites several young artists, coming fromvarious backgrounds and countries, to initiate a reflection process around a given topic for one year. http://www.plateform-exsitu.org

Pauline Ghersi – Jean qui pleure, Jean qui rit

English below
Vernissage le 20 avril 2019 – Opening on April 20th
20 avril au 7 juin 2019 – April 20 to June 7, 2019

Please, confirm your attendance at
https://www.facebook.com/events/2305598716376244/

Pauline Ghersi présente ses derniers films, réalisés en 2018 et 2019 à Reims et Ermont. Ils s’appuient sur une recherche autour de deux figures majeures du cinéma américain : Jim Carrey et John Travolta. Elle utilise des films comme Ace Ventura ou La Fièvre du Samedi Soir pour analyser les effets véhiculés par les acteurs et les symboles que leurs personnages portent avec eux. Elle crée des formes hybrides entre l’écriture et l’image, explorant le potentiel des deux pour écrire un seul et même texte. Parfois une image remplace un mot et un mot une image.

Le premier film, Jim Carrey Trans-Atlantique, fait référence à l’oeuvre de Witold Gombrowicz, l’auteur de Cosmos. Comme le héros de ce roman, Pauline Ghersi a mené son enquête et découvert des correspondances entre Jim Carrey et les écrits d’Etienne Decroux, inventeur du mime. Elle a également prélevé des extraits de Les mille et un visages de Jim Carrey de Jacques Demange (critique de cinéma) qu’elle a assemblé avec des réflexions, des anecdotes et des observations personnelles. Il ne s’agit pas d’un savoir quantitatif mais d’une recherche instinctive guidée par un intérêt pour les détails qui accrochent son regard. La porte-parole de ce texte est incarnée par une actrice amateur (Valentine Traverse) qui commente la chorégraphie d’un mime en combinaison rouge qui se trouve à l’arrière plan (Blake Habermann). À travers cette écriture qui reprend les codes d’un langage théorique, Pauline Ghersi propose une expérience sans résolution.

Le second film, Dieu merci, c’est vendredi, nous entraîne dans la dérive du fils de John Travolta (interprété par Jean-Charles Dumay) qui rentre du RER jusque chez lui, dans le Val d’Oise. Explorant une filiation fictive à travers la filmographie de John Travolta, il trace des parallèles entre le genre du working-class hero et son propre parcours de Paris à la banlieue. En lui prêtant ses mots, ceux d’Edouard Louis et de Nathalie Quintane, Pauline Ghersi lie la star populaire des années 80 à une réflexion contemporaine sur le déterminisme social et l’appartenance de classe. Elle travaille le texte et l’image comme un collage de citations et d’extraits de films, qu’elle monte ensemble et complète avec sa propre écriture.

Pauline Ghersi est diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Son travail a été présenté dans des expositions collectives : au Palais Bondy à Lyon (2018), à la Villa Belleville à Paris (2018), à la galerie Catherine Bastide à Marseille (2017), à l’Intermédiaire à Marseille (2017), au Brise-Glace à Annecy (2017), à la Galerie de la Reine à Bruxelles (2016), à la galerie Sans Titre à Lyon (2014). Elle était en résidence à Triangle France – Astérides à Marseille (2017), et est actuellement en résidence de médiation au FRAC Champagne-Ardenne à Reims ou elle prépare une performance qui sera présentée à Somme Toute à Clermont Ferrand en juin 2019.

Une proposition de Guilhem Monceaux.

April 20 to June 7, 2019
Opening on April 20, 2019

Pauline Ghersi is showing her last films made in 2018 and 2019 in Reims and Ermont. They are based on a research on two major figures of American cinema: Jim Carrey and John Travolta. She is using films like Ace Ventura: Pet Detective or Saturday Night Fever to analyse the effects conveyed by the actors and the symbols their characters carry with them. She is creating hybrid shapes, between writing and image making, exploring the potential of both to write the same text. Sometimes an image replaces a word and a word replaces an image.


The first video, Jim Carrey Trans-atlantique, is a reference to the work of Witold Gombrowicz, the author of Cosmos. Like the main protagonist of this novel, Pauline Ghersi investigated and found similarities between Jim Carrey and the writings of Etienne Decroux, inventor of mime. She also took samples from movie critic Jacques Demange’s Les mille et un visages de Jim Carrey and assembled with personnal notes and anecdotes. This method is not about gathering knowledge; it is an instinctive research that is fed by the artist’s acute attention to details. The spokesperson for the text is embodied by an amateur actress (Valentine Traverse) commenting on the choreography of a mime in a red all-over suit moving on the background (Blake Habermann). Through this theoretical language, Pauline Ghersi is proposing an unresolved experience.


The second film, Dieu Merci, c’est vendredi, is following the son of John Travolta (played by Jean-Charles Dumay) drifting from the RER to his home, in the departement of Val d’Oise. Exploring a fictive filiation through John Travolta’s filmography, he is drawing connections between the genre of the working class hero and his own itinerary from Paris to the suburbs. Through her words and those of Edourad Louis and Nathalie Quintane, Pauline Ghersi binds the 80’s pop star to a contemporary reflection on social determinism and the class system. She is working with text and image like a collage of quotes and movie extracts, editing them together and adding her own writings.


Pauline Ghersi graduated from Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Her work was shown in collective exhibitions: at Palais Bondy in Lyon (2018), Villa Belleville in Paris (2018), Catherine Bastide Projects in Marseille (2017), L’Intermédiaire in Marseille (2017), Le Brise-Glace in Annecy (2017), Galerie de la Reine in Brussels (2016), Galerie Sans Titre in Lyon (2014). She was in residency at Triangle France – Astérieds in Marseille (2017) and is currently in a residency at FRAC Champagne-Ardenne where she is preparing a performance that will be showned at Somme Toute in Clermont Ferrand in June 2019.

A proposal by Guilhem Monceaux.

12 KNIVES – Thomas Benard & Miguel Miceli

Vernissage Samedi 13 avril 2019 – 15h-20h. Exposition du 13 au 16 avril 2019. 1 rue Abel Bonnevalle, Noisy le Sec

English Below.

Les pièces de Miguel Miceli et Thomas Benard se présentent sous la forme de deux narrations qui se croisent et s’entrechoquent. La clef de voûte rassemblant ici leurs pratiques d’ordinaire dissemblables est l’exploration du processus de l’écriture d’une histoire à partir d’un ensemble d’images. Les deux artistes déploient dans l’espace d’exposition des fables, l’un par le film, l’autre par le biais de la photographie et de la sculpture.

Thomas Benard, explore la notion de sublime, de la fascination supplantant l’effroi. Dans son film Globe de Feu, il étudie les conséquences de la chute d’une météorite sur les habitants d’un village qui, face à cet événement spectaculaire, réinventent leurs traditions ancestrales. Du croisement entre un élément fortuit et une communauté pétrie de rites naît au milieu du chaos un nouveau récit.

Miguel Miceli tisse une narration fictive à partir de photographies trouvées qu’il ré-agence. L’installation There’s a scorpion in my shoe figure la rencontre entre un pharmacien et un marabout, chacun possesseur d’un savoir, qui, dès lors qu’ils se croisent, engendrent de nouvelles connaissances. La sculpture réalisée par Miguel Miceli s’apparente à une pierre extraite de cette histoire. Issue de l’assemblage de deux matériaux généralement non associés, elle illustre les possibilités émanant de la rencontre de deux héritages.

Dans cette exposition les oeuvres de Miguel Miceli et Thomas Benard se mêlent jusqu’à se joindre en une enquête commune.

Adélaïde Couillard

Miguel Miceli est né en 1992 à Bruxelles. D’origines italiennes et espagnoles, il a étudié le graphisme à l’erg et ensuite intégré la Slade School of Fine Art de Londres où il s’est formé à la sculpture et aux nouveaux médias. Mêlant Histoires et technique, son travail s’efforce de créer des modernités alternatives – une alchimie de la Globalisation à partir de ses sous-produits. Il a exposé et travaillé à Bruxelles, Londres, Singapour et Paris, où il réside depuis 2017. 

Thomas Benard est né en 1984 il a étudié à l’école des Beaux-Arts de Rennes. Avant de se consacrer à la vidéo, Thomas a organisé des expositions au sein de l’association « Or Nothing ». Sa pratique s’articule autour d’histoires qu’il construit et insère dans des territoires au travers de ses itinérances. Tissées à partir de rumeurs et faits rapportés, celles-ci transforment les lieux dans lesquelles il les ancre afin de les personnifier. Il a exposé à Rennes, Rouen, au Frac Franche-Comté, à Bruxelles et est sélectionné pour le Salon de Montrouge 2019.

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The works of Miguel Miceli and Thomas Benard come in the form of two narratives that intersect and collide. Usually dissimilar, their practices are brought together by a common keystone residing in the exploration of the process of writing a story from a set of images. The two artists display tales in the exhibition space, one through video, the other through photography and sculpture.

In his film Globe de Feu [Globe of Fire], Thomas Benard explores the notion of the sublime, the fascination supplanting dread. He studies the consequences the fall of a meteorite has had on the inhabitants of a village who, in the face of this spectacular event, reinvented their ancestral traditions.

From the intersection between a fortuitous element and a community full of rites, a new narrative is born in the midst of chaos.

Miguel Miceli weaves a fictional narrative from a series of found photographs. The installation There’s a scorpion in my shoe echoes the encounter of a pharmacist and a marabout, each of them carrying their own traditions, which as soon as they meet generate new possibilities. The sculpture made by Miguel Miceli is like a stone extracted from this story, made by assembling two usually non associated materials. It illustrates the possibilities emanating from the meeting of two legacies.

In this exhibition, the works of Miguel Miceli and Thomas Benard mingle to join in a common investigation.

Adélaïde Couillard

Of Spanish and Italian origins, Miguel Miceli was born in Brussels in 1992. Having initially studied graphic design at the erg [école de recherche graphique] he then pursued an MFA in Media at the Slade School of Fine Arts in London. Combining History and technique, his practice strives to create alternative modernities, an alchemy of Globalisation by subverting its byproducts. He has exhibited and worked in Brussels, London, Singapore and Paris where he is currently based.

Thomas Benard was born in 1984 and studied at the Ecole des Beaux Arts of Rennes. Before committing to videography he used to organise exhibitions with the “Or nothing” collective. His practice articulates itself around stories that he constructs and inserts in territories throughout his travels. Rising from rumours and overheard facts, they tend to transform the spaces in which they are anchored, in order to be personified. He has exhibited in Rennes, Rouen, at the Frac Franche-Comté, in Brussels and is selected for the 2019 Salon de Montrouge.

caption: 12 knives – copyright Miguel Miceli 2018 

Hanako Murakami – Pelliculis Pellicula

English Below
Opening March 2, 5-8pm. 1 rue Abel Bonnevalle, Noisy le Sec

Pelliculis – Pellicula
du 2 mars au 6 avril 2019

Altérations, transformations, transmutations. Les processus créatifs d’Hanako Murakami évoquent ceux de l’alchimiste, qui, en son temps, manipulait déjà des sels d’argent et des matériaux communs aux techniques historiques de la photographie. L’un de ses objectifs majeurs, outre la création d’or et d’argent, était de découvrir un moyen de prolonger l’existence. Si, bien sûr Hanako Murakami, ne s’aventure pas dans cette recherche folle, elle propose d’autres vies à des matériaux que l’on pourrait considérer comme morts, ou du moins périmés. Pour la série « Pelliculis Pellicula », elle utilise des plaques photographiques hors d’usages des années 1920, qu’elle plonge dans des bains chimiques. En résulte des tirages qu’elle qualifie de « peaux », organiques et évidemment abstraites. Elle écrit qu’ « En regardant dans une source, un siècle peut s’écouler jusqu’à ce que le temps se cristallise en une peau lisse, en surface. Les peaux s’accumulent alors, plus profondément dans la source. Appelons la première pellicula et le dernière pelliculis. ». Les plaques paraissaient avoir perdu un usage, à l’image de la sculpture Sans titre (appendice de vache), pour laquelle Hanako Murakami s’est servi d’un appendice de vache naturalisé, qu’elle a recouvert de feuilles d’or. Cet organe, peu ragoutant dans l’imaginaire collectif, qui est souvent considéré comme inutile – un animal ou un humain peuvent vivre sans – se retrouve être magnifié, devenant le symbole de l’inutilité supposée. Pourtant à l’instar des plaques de verres périmées, l’appendice retrouve ici une fonction esthétique et cognitive.

Après un Master à Université d’Art de Tokyo, Hanako Murakami s’installe en France où elle intègre Le Fresnoy, Studio national d’art contemporain. Sa pratique s’appuie principalement sur un travail de recherche ciblé sur l’histoire technique des médias, particulièrement sur les procédés anciens de la photographie, ou la typographie. À ce titre, elle conclue en 2018 un programme de résidence au Getty Research Institute (Los Angeles) et au Georges Eastman Museum (New York). Ses principales expositions : VOCA, Ueno Royal Museum, 2017; Ma Samaritaine, Paris, 2017; ANTICAMERA( OF THE EYE), Taka Ishii Gallery, 2016; The Capital Room, Gallery αM, Tokyo, 2015.

Une proposition de Loïc Le Gall

Cette exposition est rendue possible grâce au support de la fondation Nomura.


Pelliculis – Pellicula
March 2 – April 6, 2019

Alterations, transformations, transmutations. The creative processes of Hanako Murakami suggest those of alchemists, who at the time were already using silver salts and substances later used as a part of the historical techniques of photography. One of their major purposes, besides creating gold and silver, was to discover a way to prolong life. While Hanako Murakami obviously does not venture into such an insane quest, she offers fresh life to materials that might otherwise be considered to be dead, or at least outdated. For her “Pelliculis Pellicula” series, she  made use of now-usable photographic plates from the 1920s, which she immersed in chemical baths. The result produces prints which she describes as being “skins”, which are at once organic and abstract. She has written that “While staring into a spring, a century can go by until time crystallises into a smooth skin across its surface. Skins then build up, deepening the spring. Let’s call the former ‘pellicula’, and the latter ‘pelliculis’”. The plates had apparently become useless, as in the sculpture Untitled (Cow’s Appendix), in which Hanako Murakami used a stuffed cow’s appendix, which she covered with gold leafing. This rather unappealing organ in the collective imagination is often considered to be useless – an animal or human can live without one – but here it becomes magnified, as a symbol of alleged pointlessness. However, like outdated photographic plates, an appendix thus finds a function which is both aesthetic and cognitive.

After receiving an MA from the Tokyo University of the Arts, Hanako Murakami moved to France, where she entered Le Fresnoy, the National Studio of Contemporary Art. Many of her works have been produced based on an in-depth research of historical media, such as alternative photographic techniques or letterpress printing. On this quest, in 2018 she concluded residencies at the Getty Research Institute (Los Angeles) and the Georges Eastman Museum (New York). Her major exhibitions include VOCA, Ueno Royal Museum, 2017; Ma Samaritaine, Paris, 2017; ANTICAMERA (OF THE EYE), Taka Ishii Gallery, 2016; The Capital Room, Gallery αM, Tokyo, 2015.

A proposal by Loïc Le Gall

We are pleased to acknowledge the assistance of the Nomura Foundation

Image : Pelliculis Pelicula, 2017 © Hanako Murakami 

Tentatives de positionnements – Nathanaëlle Herbelin

Tentatives de positionnements – Nathanaëlle Herbelin

8 décembre 2018 – 2 février 2019

[English below]

Dans cette série réalisée en 2018, je tente de décrire par la peinture des constructions observées dans les déserts du Negev et de Judée. Je connais bien ces paysages, je m’y rends souvent. Durant les deux années de mon service obligatoire, j’y étais guide d’excursions. En tant que soldat-guide, une double casquette étonnante, je faisais partie de l’Autorité nationale des réserves naturelles ; j’ai ainsi accédé aux archives photographiques de ses paysages. J’ai, par la suite, documenté moi-même ses déserts.
L’été dernier, je suis partie pour un mois de résidence dans la ville d’Arad. Qualifier Arad de « ville » est assez présomptueux, il s’agit plutôt d’un village très isolé dans le fin fond de la Judée, tout au nord du Negev. Durant ce moment passé à Arad, je me suis beaucoup baladée et j’ai contemplé la variété surprenante du voisinage. Pour échapper à la chaleur étouffante du mois d’août, j’ai passé mes après-midis à l’intérieur, remarquant à quel point la nature s’immisce dans les maisons ; lézards, fourmis, guêpes, insectes minuscules, scorpions, serpents et – bien sûr – le sable. 

De retour à paris, ce désert m’obsède et m’attire. Il imprègne ma peinture. Je trouve un intérêt presque anthropologique à regarder et « faire regarder » ces paysages, car ils contiennent énormément de complexités, de contradictions humaines et esthétiques. J’essaye, par exemple, de présenter les contrastes si marqués entre le vide, la force et l’âge de ce désert et les constructions qui le « saupoudrent » et qui semblent être si aléatoires et éphémères. Un autre paradoxe me frappe : la manière de construire chez les bédouins par rapport à celle des juifs. Les bédouins, tels des incarnations du désert, ne se soucient pas du « gouvernement actuel ». Ils ont déjà vu tellement de pouvoirs locaux passer depuis l’empire Ottoman… et bien avant même. Leurs constructions « n’ont rien à prouver ».

Plus je reviens dans ce désert, plus les constructions de son paysage évoluent : des déplacements et des extensions de villages bédouins, l’évolution de la ville de Beer-Sheva et celle de Yeruham, de gros objets abandonnés non identifiables, des déchets laissés sur place à l’issue d’entraînements militaires, des routes et des chemins qui se multiplient, les frontières clairement invisibles et celles qui sont très présentes, notamment la construction minable en 2012 de la nouvelle frontière physique Israël – Égypte, acte que je ne pardonnerais jamais, si il m’entend.

Grâce à mes lectures de Georges Perec et ma passion pour la photographie documentaire, j’ai compris que par une simple description de lieux, il est possible d’apprendre énormément. Par le récit quasi documentaire de paysages et de constructions, on découvre des indices sur les habitants, leurs différences ethniques et leurs histoires. Puisque mes observations et mes recherches se manifestent en peintures, il me semble juste d’essayer de montrer ce que je constate avec mes yeux, plutôt que ce que j’ai ouï dire par les habitants. Il y a pourtant un enseignement majeur que je tire des discussions que j’ai eu là-bas : personne ne craint le silence. Les conversations contiennent de longs moments de parole tue, et animer le vide n’est pas nécessaire. Je ne m’y suis pas habituée. J’ai pour habitude de remplir.

Pour faire cette série de peintures, je me suis installée ici et là pour peindre d’après nature ou j’ai rapporté des photographies à l’atelier pour travailler par la suite. La place que je prends, ma position de spectatrice, est toujours en retrait ; je préfère m’asseoir sur un rocher, ou photographier de ma voiture, car c’est ma vraie place, la plus honnête place que j’ai actuellement.

Un texte de Nathanaëlle Herbelin, 2018

Nathanaëlle Herbelin (1989, Israël) est une artiste peintre vivant et travaillant à Paris. Dans sa recherche, entièrement faite de peintures de son entourage, Elle crée des ponts entre l’intime et le politique. Elle a obtenu son master de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA) en 2016 et a été invitée en 2015 à suivre la formation de la Cooper Union (New York, États-Unis). Son travail a été présenté, entre autres, à In Box (Bruxelles 2018), au musée des Beaux-arts de Rennes, où l’une de ses toiles a intégré la collection (2018), à la Collection Lambert (Avignon, 2017) et à la Fondation d’entreprise Ricard (Paris, 2017). Elle est actuellement représentée par la galerie Jousse Entreprise (Paris).

Une proposition de Loïc Le Gall

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In this series made in 2018, I tried to describe through painting the constructions observed in the Negev and Judea deserts. I know these landscapes well, I go there often. During the two years of my national service, I was an excursion guide. As a soldier-guide – an unusual combination – I was part of the National Authority of Nature Reserves; I could thus access the photographic archives of these landscapes. I later documented these deserts myself.

Last summer, I stayed for a month in the city of Arad. To call Arad a “city” is somewhat presumptuous – it is more of isolated village, sitting very isolated in the depths of Judea, just north of the Negev. During this time spent in Arad, I walked a lot and I contemplated the surprising variety of the neighborhood. To escape the stifling heat of August, I spent my afternoons indoors, noticing how nature penetrates the houses –  with lizards, ants, wasps, tiny insects, scorpions, snakes and – of course – sand.

Back in Paris, this desert obsessed me and attracted me. It permeated my painting. I found an almost anthropological interest in watching and showing these landscapes, because they contain a lot of complexities, human and aesthetic contradictions. I try, for example, to present the heavy contrasts between the emptiness, strength and age of this desert, and the constructions that “sprinkle” it and that seem to be so random and ephemeral.

Another paradox strikes me: Bedouins’ way of building, compared to that of the Jews. Bedouins, like incarnations of the desert, do not care about the “current government”. They have already seen so many local powers come from the Ottoman Empire … and even before. Their constructions “have nothing to prove”.

The more I come back to this desert, the more the constructions of its landscape evolve: displacements and extensions of Bedouin villages, the evolution of the city of Beer-Sheva and that of Yeruham, large unidentifiable abandoned objects, waste left on site after military training, paths and roads that multiply, some borders clearly invisible and others very present – including the the new physical border between Israel and Egypt, shabbily constructed in 2012 – an act that I can never forgive, if he hears me.

Thanks to my reading of Georges Perec and my passion for documentary photography, I understood that with a simple description of places, it is possible to learn a lot. Through the almost documentary narrative of landscapes and constructions, we discover clues about the inhabitants, their ethnic differences and their stories. Since my observations and research are conducted through painting, it seems right to try to show what I see with my eyes, rather than through what I heard from the locals. There is, however, a major lesson I draw from the discussions I had there: no one fears silence. Conversations contain long moments of suspended time, and to animate emptiness is not necessary. I did not get used to it. I have a habit of filling all the gaps.

To make this series of paintings, I settled here and there to paint from nature or I brought photographs to the studio to work from afterwards. The place I take, my position as a spectator, is always behind; I prefer to sit on a rock, or to photograph from my car, because it’s my true place, the most honest place I have.

A text by Nathanaëlle Herbelin, 2018

Nathanaëlle Herbelin (1989, Israel) is a painter based in Paris. In her research, paintings of her everyday life, she creates bridges between the intimate and the political. She obtained her master’s degree from the National School of Fine Arts in Paris (ENSBA) in 2016 and was invited in 2015 to attend the training of the Cooper Union (New York, United States). Her work has been presented, among others, at In Box (Brussels 2018), at the Museum of Fine Arts in Rennes, where one of his paintings has been acquired for the collection (2018), to the Collection Lambert (Avignon, 2017) and the Fondation Ricard (Paris, 2017). She is currently represented by the Jousse Entreprise gallery (Paris).

A proposal by Loïc Le Gall

 

Image © Nathanaëlle Herbelin

Michala Julínyová – ’86



15 décembre 2018 – 15h

English and Czech below

Michala Julínyová observe la relation que l’homme entretient avec son histoire et son environnement. Ses travaux se développent autour d’une interaction avec des lieux concrets choisis en raison de leur stratification culturelle et politique. Ils témoignent d’une réflexion poétique sur des phénomènes sociaux contemporains, principalement ceux de la réalité de son pays natal, la Slovaquie ou de l’Europe centrale. La performance 86 s’inscrit dans la logique de ces problématiques, quelquefois existentialistes,en évoquant la fête nationale du travail en Slovaquie. Lors de sa célébration en mai 1986, les citoyens, obéissant au règlement soviétique, se sont rendus dans les rues munis de fanions, malgré l’angoisse générale ; la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a éclaté le 26 avril 1986. Cet exemple révèle un usage abusif de célébrations diverses, mais aussi de certaines traditions folkloriques. 

Dans le jardin du Bonnevalle, Michala Julínyová recouvre son visage d’un large masque qu’elle a elle-même confectionné. Stoïque, elle partage avec le public un chant traditionnel slovaque. Cette ballade folklorique intitulée Išlihudci horou relate le destin tragique d’une jeune femme ensorcelée et transformée en érable. Emprisonnée et impuissante, elle ne peut ni parler,ni bouger. Le chant symbolise ainsi la vulnérabilité du corps. Michala Julínyová est accompagnée par plusieurs performeurs qui déambulent autour d’elle et qui agitent, chacun, un fanion gris et blanc. Ces couleurs ne renvoient plus, comme originellement, à une nationalité mais suggèrent, ici, l’universalité. De ces mouvements répétitifs,du bruissement des fanions qu’ils manient et de la voix mélancolique de l’artiste,émerge l’illusion méditative d’un temps suspendu.

Cukroví

Le mot Cukroví désigne des petites pâtisseries élaborées et vendues en Slovaquie et en République tchèque pendant la période de Noël. De formes et de couleurs variées, élaborées à partir de miel, de noix ou encore de fruits secs, elles étaient, à l’origine, confectionnées par les païens qui les disposaient autour des enclos de leurs animaux. On croyait en leur force protectrice et en leur capacité à chasser les énergies négatives. Ce rite a ensuite été repris par les catholiques avant de s’ancrer dans la tradition populaire. 

À la fin de la représentation,le public regagnera l’espace intérieur du Bonnevalle, accompagné de Michala Julínyová et des performeurs. Il pourra participer à la confection de ces pâtisseries traditionnelles. Durant cette action collaborative, tentant de pallier une perte de partage, l’espace du centre d’art deviendra le réceptacle d’un rite actualisé, défait de ses sédiments religieux ou politiques.

Michala Julínyová (née en 1991 à Trencín, Slovaquie) est diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Avant d’intégrer cette école, elle a étudié la peinture à l’Académie des Arts de Banská Bystrica (Slovaquie) où une exposition personnelle lui a été consacrée : « Metamorfózy », Galery FX, Banská Bystrica (2015). Son travail a également été présenté lors des expositions collectives « Štvorako » à la galerie Barunka, (Kežmarok, Slovaquie) en 2014 et « Partout, mais pas pour très longtemps » au Centre d’échanges Perrache à Lyon en 2018.

Cet événement est une proposition d’ex situ. 

Créée en 2018, ex situ est une plateforme curatoriale basée à Paris. Le temps d’une année,elle invite plusieurs jeunes artistes et théoriciens, aux parcours et nationalités divers, à réfléchir autour d’un sujet donné.

https://www.facebook.com/events/2173019206284697/

EN

Michala Julínyová is interested in a relationship that a human maintains with his history and environment. Her works develops from an interaction with concrete places chosen because of their cultural and political stratification. She creates symbolical scenes and forms with the intention to poetically reflect on contemporary social phenomenons mainly from Slovakian or Central-European context. Performance 86 is in the logic of theses issues sometimes existentialist and evokes the National Dayof Work in Slovakia. At its celebration in May 1986, the citizens, obedient to the Soviet regulations, went to the streets with a pennants despite the ambient danger of contaminated air; the nuclear disaster of Chernobyl which exploded on April 26, 1986. This demonstration also reveals an abusive use of various celebrations but also of the folk traditions.

In the garden of Bonnevalle, Michala Julínyová covers her face with a wooden mask that she has made herself. Stoic, she shares with the public a traditional Slovak song. This folkloric ballad entitled Išlihudci horou narrates the tragic story of a young woman bewitched and transformed in a maple tree. Imprisoned and powerless, she can neither speakn or move. The song thus symbolizes the vulnerability of the body. Michala Julínyováis accompanied by performers who are moving around her and waving a grey and white pennants. These colors do not refers, as originally to a nationality, butsuggest the universality. From these repetitive movements, from the rustle ofthe pennants and from the artist’s melancholic voice, emerges the meditative illusion that time disappeared.

Cukroví

The word Cukroví refers to small confections manufactured in Slovakia and Czech Republic during the Christmas period. Made with honey, nuts or dried fruits of varied shapes and colours, they were originally fabricated by the pagans and arranged around the animal’s shads and fruit trees. They believed in their protective strength and in their ability to hunt negative energies. This rite was later taken up by Catholics before becoming a popular habit.

At the end of the performance, the public will return to the interior of the Bonnevalle, accompanied by Michala Julínyová and the performers to participate in the making of these traditional confections. During this collaborative action, attempting to reduce a lack of sharing today,the space of the centre of contemporary art, becomes the place of an update drite, devoid of religious or political sediments.

Michala Julínyová (born in 1991 in Trenčín) had received her master diploma in École nationale supérieure des beaux-arts of Lyon. Before her integration at ENSBA Lyon she studied painting in Banská Bystrica, where she had her solo exhibition “Metamorfózy” (2015) in gallery FX. She participated in collective exposition “Štvorako” (2014) in gallery Barunka in Kežmarok and “Partout, mais pas pour très longtemps” in Centre d’échanges Perrache in Lyon in 2018. 

This event is a proposal of ex situ.

Created in 2018, ex situ is a curatorial platform based in Paris. It invites several young artists and theorists, coming fromvarious backgrounds and countries, to initiate a reflection process around a given topic for one year.

CZ

Michala Julínyová pozoruje vztah člověka s jeho historií a s jeho prostředím. Její práce je interakcí s konkrétními místy zvolenými z důvodu jejich kulturní a politické stratifikace. Umělkyně vytváří symbolické scenérie, nebo formy a poeticky reflektuje současné společenské jevy často z prostředí své rodné země, Slovenska či střední Evropy. Performance 86 pokračuje v tomto uvažování někdy existenciálního. Evokuje historickou událost z roku 1986, svátek práce na 1. máje v Československu. Občané se povinně vydali k oslavám do ulic a to i navzdory nebezpečí kontaminovaného vzduchu; Černobylská jaderná katastrofa vypukla 26. dubna 1986.

V zahradě Bonnevalle, stojí Michala Julínyová, tvář zakrytou dřevěnou maskou a zpívajíc tradiční slovenskou píseň Išli hudci horou. Tato folklórní balada vypráví tragický příběh mladé ženy, která je začarována a přeměněna na javor. Uvězněná a bezmocná, nemůže mluvit ani se hýbat. Píseň tak symbolizuje zranitelnost lidského těla. Michala Julínyová je doprovázena skupinou performerů, kteří chodí v kruzích kolem ní a mávají černo-bílými mávátky. Mávatka používána za 1. máje  neodkazují svou barevností jako původně ke konkrétní národnosti, nýbrž k univerzalitě. Z těchto repetitivních pohybů, šustění střapců, a melancholického hlasu umělkyně, vyvstává meditativní iluze, že čas a prostor se vytratil…

Cukroví

Slovo Cukroví odkazuje na malé cukrové pochoutky, které se tradičně připravují na Slovensku a v České republice během Vánoc. Vyrobené z medu, ořechů nebo sušeného ovoce, různých tvarů a barev, tyto pochutiny byly původně vyráběny pohany, kteří je následně věšeli na stromy, nebo do chlévů zvířat. Věřili v jejich magickou moc a ochrannou sílu. Tento obřad byl později převzat katolíky, než se stal populární lidovou tradicí.

Po ukončení performance 86 se publikum spolu s Michalou Julínyovou a umělci přemístí do interiéru Bonnevalle, kde se každý může podílet na výrobě těchtotradičních pochoutek. Během této kolektivní akce, se prostor centra současného umění stane prostoremaktualizovaného rituálu, oproštěného od náboženskýchnebo politických sedimentů.

Michala Julínyová (nar. 1991 v Trenčíně, Slovensko) je absolvenkou École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Předtím studovala malířství na Akademii umění v Banské Bystrici (Slovensko), kde měla zároveň osobní výstavu: “Metamorfózy”, Galerie FX, Banská Bystřice (2015). Její práce byla prezentována také na skupinových výstavách jako “Štvorako” v galerii Barunka (Kežmarok, Slovensko) v roce 2014 nebo “Partout, mais pas pour très longtemps” v Centre d’échanges Perrache v Lyonu.

ex situ je kurátorská platforma založená v roce 2018 v Paříži. Jejím cílem je formou “imateriální” jednoleté rezidence vytvořit prostor pro setkávání mladých umělců, kurátorů a teoretiků a tak umožnit společnou re exi nad zadaným tématem.

1999

13 octobre –2 décembre 2018

Une exposition d’Achraf Touloub

– English below –

Une salle habillée de sièges rouges. Dans la pénombre, sont projetés des signes sur fond vert émeraude. Pops corn et bouteilles en plastique vides jonchent le sol ici ou là. La plupart d’entre nous n’a rien compris au film même si certaines scènes ont été reconnues. Le générique de fin défile sans que les spectateurs ne quittent la salle. D’ailleurs on ne sait pas vraiment quand il a débuté le film. Il y a deux heures ? Une semaine? C’est qu’il n’y avait pas vraiment d’histoire, juste quelque chose comme une mise en abîme habilement suggérée dans une ambiance de musique transe et techno. On reste assis. Cette bonne fable de Platon n’a jamais été aussi convaincante. Tellement sûre d’elle-même qu’elle a réussi à projeter son ombre jusque dans nos doutes. 

Ce petit monde quitte ensuite l’écran, rejoint un parc et emprunte un chemin qui le mène du centre ville à un quartier pavillonnaire. Du white trash en perdition et des zmigrés mal fagotés avancent ensemble dans la même direction, radiographies à la main. Certains portent des lunettes noires et font mine de se préparer. Mais on ne se prépare pas à ce genre de choses. On fait avec comme on s’accommode de la forme des cailloux. On n’a jamais demandé à aucune forme de la nature de se négocier au préalable avec le regard de je ne sais quel bougre. A mieux regarder, les nike TN de ces sales gosses semblent presque faites de papier mâché…

Enfin bon.

Le paysage commence à s’assombrir et la population à s’exciter. On aperçoit alors dans cette faune les uns qui se protègent les yeux avec une omoplate grise bleutée, les autres tout le visage avec un panoramique de dents dénuées de toute symétrie. Le noir est maintenant total et la température chute de quelques degrés. Les mecs sont partis regarder la voute céleste dans la nuit de midi ; ils ont réussi à nous montrer leurs entrailles. Les quelques familles à poussettes commencent à déguerpir dès le fiat lux ; d’ autres, surtout les arabes restent à la même place pour parler entre eux. Surement qu’ils n’ont pas dû la voir la différence ; Aussi, faut il bien le refaire le match. Et puis la matière entrant en contact avec nos yeux une fois grand ouverts n’est pas constamment archivée par tout un chacun. Tout ça c’est pour après.

Les reliefs des paysages et des gueules demeureront érotiques encore pour quelques semaines. Bientôt, ce même ciel sera recouvert de fumée et de cendre venues de l’Ouest. On dira que c’est la fin d’un cycle ou le début d’une nouvelle séquence. D’une certaine manière on a toujours pas la réponse car, pour le savoir, on aurait dû y participer à cette séquence. Mais là, pour la première fois, c’est l’événement lui-même qui nous imposera ce rôle de voyeur. C’est en 1999 que furent de moins en moins marquées les lignes qui dessinent le contour des choses, s’en suivra le vacarme assourdissant d’un after au purgatoire.

Mêlant dessins, peintures et installations, l’exposition d’Achraf Touloub au Bonnevalle interroge la perception du visiteur par une question primordiale : quel est le goût du réel ?

Texte par Achraf Touloub, 2018

Achraf Touloub (1986) est diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Paris. Son œuvre a récemment été montrée à la Baltic Triennial 13 (2018) ; Lateral Art Space, Cluj (2018) ; Barjeel Art Foundation, Sharjah (2018) ; DOC!, Paris (2018) ; 57th Venice Biennale (2017) ; Centre Pompidou, Paris (2017) ; Kochi-Muziris Biennale (2016)… Il est représenté par Plan B à Berlin et Albert Baronian à Bruxelles. 

Une proposition de Loïc Le Gall

A room furnished with red chairs. In the darkness, signs are projected on an emerald green background. Popcorn and empty plastic bottles litter the ground here and there. Most of us did not understand the film even if some scenes were recognized. The end credits roll without the spectators leaving the room. Besides, we do not really know when it started, the film. Two hours ago? One week? That’s because there wasn’t really a story, just something like a mise en abyme cleverly suggested in an atmosphere of trance and techno music. We stay seated. Plato’s good old fable has never been so convincing. So sure of itself that it managed to cast its shadow into our doubts. All these people, then, leave the screening room, get to a park and take a pathway that leads from the city center to a suburban area. White trash in distress and mischievous e-migrants move together in the same direction, holding radiographs in theirs hands. Some of them are wearing dark glasses and pretending to get ready. But we cannot get ready for this kind of thing. We deal with them in the same way that we adapt to the shape of pebbles. We have never asked any form of nature to negotiate its shape with the gaze of some guy. If you look carefully, the Nike Tn of these brats seem almost made of papier-mâché…

Anyway.

The landscape begins to darken and the population to get excited. One can see, within this fauna, that some are protecting their eyes with a bluish gray scapula, that others are protecting their whole faces with a panoramic X-ray of teeth devoid of any symmetry. The darkness is now total and the temperature has dropped a few degrees. The guys came to watch the celestial vault in the midday night; they managed to show us their innards. The few families pushing strollers begin to flee as soon as fiat lux; others, especially Arabs, remain in the same place to talk to each other. Surely they did not see the difference; besides, they have to revisit events of times gone by. And then, the matter, coming into contact with our eyes once they are wide open, is not constantly archived by everyone. Everything is for later.
The reliefs of landscapes and mugs will remain erotic for a few weeks. Soon, the same sky will be covered with smokes and ashes coming from the west. We will say that it is the end of a cycle or the beginning of a new sequence. In a way, we still do not have the answer because, to find out, we should have participated in this sequence. But there, for the first time, it is the event itself which will impose us a role of voyeur. It was in 1999 that the lines that draw the outline of things were less and less marked. It will be followed by the deafening din of an after in Purgatory.

Text by Achraf Touloub, 2018

Mixing drawings, paintings and installations, Achraf Touloub’s solo show at the Bonnevalle questions the perception of the visitor by a primordial question: what is the taste of the real?

Achraf Touloub (1986) graduated from the Ecole des Beaux-Arts in Paris. His work has recently been shown at the Baltic Triennial 13 (2018); Lateral Art Space, Cluj (2018); Barjeel Art Foundation, Sharjah (2018); DOC !, Paris (2018); 57th Venice Biennale (2017); Pompidou Center, Paris (2017); Kochi-Muziris Biennale (2016) … He is represented by Plan B in Berlin and Albert Baronian in Brussels.

A proposal by Loïc Le Gall

Bonnevalle is taking part in Paris Avant Première. http://parisavantpremiere.com/en/home/

Image : Etude pour reactS, 2016, aquarelle sur papier, 45×33 cm © Achraf Touloub

Exhibition views:

Photographer: Charlène Flores

Long Distance Runner – Cici Wu

Long Distance Runner – Cici Wu

July 21 – September 30, 2018

[French below]

First exhibition of Cici Wu in France, Long Distance Runner is composed with two new bodies of works, one on light and another on paper. 

“1. A Mathmos lava lamp sits on top of the nightstand, red wax inside the lamp moving slowly along with the tear drops of Sheo-rou—one unforgettable scene from film Tempting Heart (1999). 

Sheo-rou and Ho-jun met and fell in love in high school in the late 70s, Hong Kong. Towards their graduation, they were forced to separate followed by Ho-jun decided to move to Japan and Sheo-rou’s mom tried to immigrate to Canada. When this film is screened again recently in Metrograph New York, 2018, things that were forgotten to be examined and reviewed from a cultural perspective quietly emerged. The particularity of Hong Kong as a portal for both emigrants coming from mainland and middle class residents migrate abroad; a former British colony where indigenous inhabitants collapsed; a battlefield opened by globalization. Several years later Sheo-rou and Ho-jun re-encountered when Sheo-rou became a jet-setting fashion buyer, and Ho-hun worked as a local tour guide in Tokyo. Different living experience and separate world views stopped them committing again. The most beautiful thing about this film was that there was no intention to mimic ambitious language rather than telling a simple love story, so that the ignorance (taken for granted) of the society almost made the film a documentary of people’s consciousness during the 90s. Because its theme is love, the script was made purposefully sentimental; everything else falls outside the sphere of love was less important, less purposeful, yet more natural. As looking back at the reviews of this film, most of them said it was a disappointment. I thought it could have been a surprise if people could read it from a distance, to look at it not as a filmic situation but perhaps an oneiric situation… ‘The dreamer does not know that he is dreaming.’

2. Some yellow sponge coming out from the middle of an old seashell souvenir found in the antique street of Hong Kong; an island surrounded by mountains; a turtle with a fabric shell; a never grow up child actor from the screen; a boat with pink windows; The Sea Ranch; the mainland; the island; and the foreign, of bodies, minds, names, nations; every portrait of the seashell is started with a step to imagine myself as in the position of Wang Gongyi (born 1949, Tianjin, China, she completed the Seashell Diary between 1997-1998), and try to learn from her Seashell Diary. Meanwhile, juxtaposing myself next to her, share with her of what I can see by making a conflict.

These two works were made during the trip from New York to Hong Kong / Beijing in this summer. Special thanks to Ali Van, Michael Yu, Phoebe Cheuk, Stephen Cheng, Xinyi Cheng, Loïc Le Gall, Sinyu Tsang, Alan Kwan, and Ann Woo, who helped me in this special period of time, with gratitude.”

– Cici Wu

Cici Wu was born in 1989 in Beijing, China, and moved to Hong Kong in 2002. She received her BA from School of Creative Media, City University of Hong Kong. In 2013, she moved to the United States, where she earned an MFA from Maryland Institute College of Art in Baltimore. She is living and working in New York. Her recent solo exhibition is at 47 Canal, New York (2018), and curatorial projects include co-organizing group exhibition Scraggly Beard Grandpa at Capsule Shanghai, Shanghai (2017), and co-founding PRACTICE in New York (2015). She recently completed a residency at Seawitch, Hong Kong (2018). 

A proposal by Loïc Le Gall

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Première exposition de Cici Wu en France, Long Distance Runner est l’occasion de montrer un nouveau corpus d’œuvres sur la lumière et de nouveaux dessins.

« 1. Une lampe Lava Mathmos est posée sur le dessus d’une table de nuit, la cire rouge à l’intérieur de la lampe se déplaçant lentement, de même que les larmes de Sheo-rou – il s’agit d’une scène inoubliable du film Tempting Heart (1999).
Sheo-rou et Ho-jun se rencontrent et tombent amoureux au lycée à la fin des années 1970, à Hong Kong. A la fin de leurs études, ils doivent se séparer, Ho-jun déménage au Japon tandis que la mère de Sheo-rou tente d’immigrer au Canada. Lorsque ce film a récemment été projeté au Metrograph New York, en 2018, des éléments qui ont été oubliées d’être étudiés et examinés d’un point de vue culturel ont tranquillement émergé. La particularité de Hong Kong est d’être un portail pour les migrants venant de la Chine continentale tandis que sa classe moyenne émigre à l’étranger ; d’être une ancienne colonie britannique où les habitants autochtones se sont effondrés ; d’être un champ de bataille ouvert par la mondialisation. Quelques années plus tard, Sheo-rou et Ho-jun se retrouvent : Sheo-rou est devenu un jet-setteur du monde de la mode et Ho-hun travaille comme guide touristique à Tokyo. Différentes expériences de vie et des visions du monde opposées stoppent tout nouvel engagement. La plus belle chose à propos de ce film est qu’il n’est pas question de compter quelque chose d’ambitieux mais plutôt de raconter une simple histoire d’amour, de sorte que l’ignorance de la société a presque fait du film un documentaire sur la conscience des gens des années 1990. Parce que son thème est l’amour, le scénario est délibérément sentimental ; tout le reste, dont le contexte, tombant en dehors de la sphère de l’amour, passe au second plan, étant moins utile, mais plus naturel. En relisant les critiques du film, je découvre que la plupart d’entre elles expliquent que ce long métrage est une déception. Je pense que cela aurait pu être une bonne surprise si les gens avaient pu le considérer avec distance, le regarder non comme une situation filmique mais peut-être comme une situation onirique … «Le rêveur ne sait pas qu’il rêve ».

2. Une éponge jaune sortant d’un vieux coquillage-souvenir trouvé dans la rue des antiquaires de Hong Kong ; une île entourée de montagnes ; une tortue avec une coquille de tissu ; un enfant de la télévision qui ne vieillira jamais ; un bateau avec des fenêtres roses ; Le Ranch de la Mer ; le continent ; l’Ile ; et l’étranger, des corps, des esprits, des noms, des nations ; pour chaque portrait du coquillage que je réalise, je m’imagine dans la peau de Wang Gongyi (née en 1949, à Tianjin, en Chine ; elle a écrit The Seashell Diary [Le Journal du coquillage] entre 1997-1998), et j’essaye d’apprendre de son Seashell Diary. En attendant, je me rapproche d’elle, partage avec elle ce que je peux voir, en faisant un conflit.

Ces deux oeuvres ont été réalisées pendant un voyage entre New York et Hong Kong / Beijing, cet été. Remerciements à  Ali Van, Michael Yu, Phoebe Cheuk, Stephen Cheng, Xinyi Cheng, Loïc Le Gall, Sinyu Tsang, Alan Kwan, et Ann Woo, qui m’ont aidé pendant cette période spéciale. »

– Cici Wu

Cici Wu est née en 1989 à Pékin, en Chine, et s’installe à Hong Kong en 2002. Elle obtient son BA de la School of Creative Media de la City University de Hong Kong. En 2013, elle s’installe aux États-Unis, et est diplômée du Maryland Institute College of Art de Baltimore. Elle vit et travaille aujourd’hui à New York. Son œuvre a récemment été l’objet d’une exposition personnelle à 47 Canal, à New York (2018). Cici Wu organise des expositions dont « Scraggly Beard Grandpa » à Capsule Shanghai (2017). Elle a cofondé PRACTICE à New York (2015). Elle a très récemment pris part à la résidence Seawitch à Hong Kong (2018).

Une proposition de Loïc Le Gall

Image: © Cici Wu, 2018

Installation shots:

 

 

 

 

 

 

 

Pics 1-4 © Cici Wu ; Photos: Clerel/Monceaux ; Pics 5-7 © Cici Wu ; Photos: Charlène Flores